12.05.2008

"Les histoires d'amours finissent mal..."

1459773082.jpg Prélude à un amour brisé, de Geert Kockere, Illustrations Isabelle Vandenabeele

traduit du néerlandais par Daniel Cunin

Editions du Rouergue, 2008

 

« Les histoires d’amour finissent mal … »

Valérie s'ennuyait / Dans les bras de Nicolas / Mais Nicolas, celui-là / Ne le savait pas / Les histoires d’amour finissent mal en général…

Prélude à un amour brisé est un album pour le moins original et audacieux. Contrairement aux contes de fées traditionnels, pas de « happy end » ni de " Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants". Mais plutôt un regard lucide porté sur la relation amoureuse à l’épreuve de la différence des sexes. A travers l’histoire d’un homme et d’une femme, se dévoilent les aléas de l’amour. Cet amour qui n’est pas forcément envisagé de la même façon selon les deux partenaires. Et les mots échangés, parfois semblables, qui peuvent ne pas revêtir le même sens pour l’un et pour l’autre.

Prélude à un amour brisé est inspiré du tableau du peintre belge, Edgar Tytgat, Prologue d’un amour brisé, reproduit sur la quatrième de couverture. Réalisée en 1928, cette œuvre naïve inspirée du fauvisme est assez mystérieuse malgré son titre évocateur. On y voit une femme allongée sur une table, des infirmières et médecins s’affairant autour de sa jambe amputée. Assis sur un banc à l’extérieur de la maison, un homme soutient amoureusement sa tête par la fenêtre ouverte. Ce personnage semble identique à celui qui se tient auprès d’elle dans la pièce, choqué par ce qu’il voit. L’amoureux qui la console, ne serait-il pas la cause de son malheur ?

 La narration de l’album est construite autour de ce tableau tragique. Servie par les illustrations « fauvistes » d’Isabelle Vandenabeele, cette ode à la liberté joue avec la symétrie et la symbolique de l’enfermement. Fort audacieusement Geert De Kockere, l’auteur, tente de décrypter l’histoire de cet amour brisé, amputé par le manque de liberté. Comme si donner complètement revenait à perdre une jambe ! Il montre l’extraordinaire élan qui pousse toute femme à vouloir voler de ses propres ailes et à se soustraire de l’emprise masculine, même dégoulinante de bienveillance.

 

La femme vit les murs

Et le carrelage fondre sur elle.

Elle vit un enfant. Puis un deuxième.

Elle trébucha. Dans sa tête. […]

Elle vit un homme qui la priait de,

Lui demandait de, promettait de,

Qui l’amputait d’une jambe.

Une seule jambe, ça ne suffit pas, se dit la femme.

Pour aller là où l’on veut.

Elle frissonna, elle ne voulait pas d’un homme pour béquille. […]

 

Lui étouffe d’amour, elle suffoque… L’homme et la femme s’aiment mais ils pensent à l’amour chacun de leur côté. Ils en rêvent différemment. L’homme veut être encore plus ensemble, la femme souhaite l’être d’une autre façon. Il la serre, elle essaie de prendre de la distance. L’homme pense aux baisers, la femme est envahie par des images d’intérieur, de murs, de carrelages… Face à l’amour transi et envahissant de l’homme, la femme prend conscience qu’elle ne veut pas de la vie à deux, pas de promesses de fidélité intenables. Leur vision de l’amour diffère trop, la rupture approche, inexorable, nécessaire, vitale…

Edité dans la collection Varia + des éditions du Rouergue, cet album illustré est destiné aux adolescents dès 11 ans. Cependant, au regard de l’universalité de la thématique, je ne saurais trop le conseiller (aussi et surtout…) aux adultes.

Retrouvez ma chronique et toutes les nouveautés sur Sitartmag 

 

03.05.2008

La chambre de sable de Joëlle Wintrebert aux éditions Glyphe, paru en 2008

876439400.2.jpg

Marie, douce rêveuse surdouée de 11 ans, aspire à transcender la grisaille du quotidien en laissant divaguer son âme hors d’elle-même. Sa mère, qu’elle donnerait volontiers en pâture à un dragon familier, ne l’entend pas ainsi. Comme « mystérieusement avertie » chaque fois que sa fille est heureuse, elle n’a de cesse de venir briser ses instants d’échappée belle… Marie rêve d’échanger cette mère si grise contre son amie Nana, flamboyante artiste épicurienne, éprise de liberté, pleine de vie et d’envies.
Plutôt cérébrale et solitaire, l’enfant fuit la compagnie des autres adolescents, portés bien plus qu’elle sur la découverte de la sensualité. Elle refuse toute concession et reste libre de ne faire absolument que ce qu’elle entend, au gré de ses passions du moment. Et cet été, Marie ne trouve rien de mieux que de se livrer à son passe temps favori, filer son nouveau voisin, un vieux monsieur énigmatique qui la fascine...

La suite sur Sitartmag

01.05.2008

Les filles c'est vraiment des pauvres types

252626207.JPG

Bienvenue chez les Ch'tis 

Jeudi 1er mai. Le vieux Lyon. Balade printanière. Joies d'un jour vaqué. Trop de monde dans les rues. Se réfugier chez un bouquiniste. Se retrouver dans un lieu familier, entourés de livres. Fureter, s'asseoir par terre et lire. Farfouiller à nouveau puis tomber nez à nez sur une première de couverture renversante, au rayon Nord-Pas-de-Calais. Voir le titre et l'adorer. Commencer à lire et avoir envie de continuer. Repartir avec...

Van de Putte Christiane, Les filles c'est vraiment des pauvres types, Flammarion, 2001

17.04.2008

Le journal de ma sœur, Anne Poiré - Seuil jeunesse, 2008 - Dès 10 ans

1823913285.jpgParticulièrement réussi, ce roman explore le deuil et ses enjeux affectifs. A travers la voix de Patrice, Anne Poiré parvient à émouvoir aux larmes tout en transmettant un véritable élan de vie. Le jeune garçon déteste sa sœur, si belle et intelligente, qui lui fait de l’ombre et attire toute l’attention sur elle, surtout celle des parents. Un jour cependant tout bascule, au moment de partir en vacances aux sports d’hivers, Julie est victime d’un accident. Le drame anéantit toute la famille et le chagrin de ses parents est tel qu’ils en oublient le reste… Comment exister au milieu du chaos ? Personne ne se rend compte de la peine de l’adolescent et de ses vomissements de désespoir. Entre culpabilité, tristesse et manque, il doit désormais vivre sans elle. Heureusement il peut compter sur une de ses professeures et sur ses amis, surtout Violette et Ismaïl. Le soutien d’une psychologue et une thérapie familiale s’avère nécessaire à tous pour faire le deuil de cet être tant aimé et apprendre « à vivre sans ». La découverte par Patrice du journal intime de sa sœur, le libère de sa culpabilité et le réconcilie définitivement avec elle. Un livre réaliste écrit dans un style direct qui bouleverse par sa justesse et trace les chemins de la re-naissance après la perte.

Visible également sur Sitartmag

08.04.2008

Coup de coeur innatendu!

1446713417.jpg Le pont aux cerisiers écrit par Blanca Alvarez et Traduit de l’espagnol par Anne Calmels, Castor Poche Flammarion, 2008 

  Voici un livre soigneusement écrit, tout en douceur et en sagesse, qui aborde le thème de la transmission inter-générationnelle d'une fort joli façon.

« Le pont aux cerisiers sépare deux rives comme deux vies destinées à se rejoindre : l’existence n’est qu’une passerelle qui naît dans le vide et s’achève dans l’oubli. » D’inexistants nous redevenons poussières. Seule la Mémoire persiste et fait exister les ombres du passé.

Ce roman aux saveurs du Céleste Empire nous entraîne à la croisée d’une Chine urbaine reniant ses racines ancestrales et d’une Chine rurale empreinte de sagesse et de traditions perdues. Il aborde le thème fondamental de la transmission intergénérationnelle, puis celui de l’oppression sociale faite aux plus faibles. L’auteure décline cet asservissement à travers plusieurs histoires entremêlées, racontées par la sage et honorable Lin-Lin à sa petite fille Bei-Fang. La jeune fille, d’abord réticente à l’idée d’écouter les « palabres » de sa vieille grand-mère, prend rapidement conscience du pouvoir des mots et de la liberté qu’ils recouvrent. Elle ouvre son cœur à cette sève transmise de femmes en femmes depuis la nuit des temps.

 

La suite sur Sitartmag

 

07.04.2008

"Je reviens de mourir" une fable noire éblouissante

506282615.gif Merci à  Antoine Dole de m’avoir apporté des réponses éclairantes sur la genèse littéraire de son premier livre… La chronique qui suit s’en nourrit de-ci, de-là…

Liquidons tout de suite une  idée farfelue…  Non l’auteur très prometteur de ce « conte défait » moderne n’est pas une « punkette» mais bel et bien un jeune écrivain de sexe masculin. Fils spirituel de Virginie Despente, Antoine Dole s’affranchit avec brio de ce que la société attend d’un premier roman de garçon et démontre en faisant cela « une certaine universalité des émotions, au-delà des questions de genre et de sexe » car poursuit-il « on est tous égaux face à la perte de l’autre, l’absence de l’autre, le besoin de l’autre… »

Je reviens de mourir innove sur le plan éditorial. Il s’accompagne d’une « bande annonce littéraire » utilisant les codes cinématographiques et d’une excellente bande-son, proposée au tout début du roman « pour compléter la dynamique et les influences dans lesquelles toute cette littérature nouvelle génération a trouvé naissance… (Voir l'article consacré à la promotion éditoriale différente sur le blog de Blandine Longre et l’article sur la nouvelle collection Exprim' sur le blog d’Antoine Dole )

Fable glauque et sensuelle, ce récit convoque toute une palette d’émotions et nous tient prisonnier de ses mots chahuteurs et chahutés. Ses phrases saccadées reflètent l’urgence, et la « rythmique des émotions ».  Sous la plume écorchée d’Antoine Dole,  les fêlures cachées se  réveillent et déposent leurs maux crus sur le papier avec une infinie sensibilité. Il nous fait pénétrer l’alcôve de deux jeunes filles aux mal-êtres entremêlés, Cendrillons violentées par leurs princes charmants… Marion aime Nicolas au point de supporter ses coups, bleus au corps et à l’âme. Elle l’aime au point d’accepter de se prostituer pour lui, de ne plus s’appartenir, n’être plus rien, pas même une ombre,  juste un corps mort. Crever des coups de l’autre plutôt que de l’indifférence…  Autre fille perdue, autre histoire. Eve dévore les hommes, les baise, les prend, les jette, les vomit… « L’âme d’Eve éjacule », se laisse posséder « comme une poupée qu’on bourre de coton crasse » pour ne pas s’attacher et ne pas « troubler l’eau du cœur ». Cela, jusqu’au jour où elle rencontre le gentil David et en tombe amoureuse.  Mais quand être aimée n’est pas une habitude, l’âme et le cœur s’emballent et s’attachent jusqu’à la déraison… Telle un jeu de projection inversée, les deux héroïnes aux pulsions antagonistes scellent leur destin dans le « je » de l’autre…

Je reviens de mourir explore avec une grande justesse les limites de l’amour, celles que l’on pose et  celles imposées par l’être aimé, que l’on accepte.  Jusqu’où est-on capable d’aller par dépendance affective et jusqu’où l’autre est-il capable de nous entraîner ? « Marion et Eve sont chacune le pendant d’une réponse à l’autre ». La prostitution dans ce roman est la métaphore de ce que nous sommes prêts à corrompre notre âme par amour pour quelqu’un.

S’agissant de la voix de femme utilisée, Antoine Dole est parti du sentiment « qu’en 2008 la femme s’est affranchie du « pour-plaire » et qu’elle peut s’autoriser bancale, imparfaite ».  Pour rentrer dans la peau d’héroïnes, il a eu besoin de personnages affranchis, libres de leurs émotions « que ce soit dans une dynamique primale ou sociale, capables d’accepter et d’engendrer leur propre destruction et le processus émotionnel qui y est lié ». Mais chez ses deux protagonistes, l’affranchissement flirte avec l’aliénation. Si Marion et Eve peuvent être considérées comme « libérées » du fait de leur sexualité transgressive, elles n’en sont pas moins esclaves du souvenir du père destructeur, reproduisant à chaque rencontre « amoureuse » ce rapport d’emprisonnement mental et physique. Les rencontres sexuelles addictives d’Eve traduisent son désir de refaire l’histoire, son histoire...

L’acuité du regard d’Antoine Dole sur les blessures adolescentes,  fait de ce roman un objet littéraire d’une grande virtuosité, qui parlera certainement aux grands ados et aux adultes qui n’ont pas fini de se débattre avec les stigmates d’une enfance quelque peu mouvementée…

 

27.03.2008

Blague à part...

1538242339.jpgConnaissiez-vous ce concept de débat non mixte... organisé par un collectif féministe pour l'égalité?

http://www.lmsi.net/spip.php?article732

Libre de ne pas l'être...

 

19.03.2008

Le complexe du homard!

899412616.jpg

Rachel Corenblit, L'amour vache, Le Rouergue, 2008

Avec beaucoup de justesse, d’humour et de sensibilité, Rachel Corenblit nous livre des instantanés de vies. Son recueil de nouvelles explore la souffrance de huit adolescents à la recherche d’eux-mêmes. Sans défense et face à des situations qui les dépassent, nos jeunes protagonistes développent des stratégies d’évitement (agressivité, fugue, insolence, provocation, trouble obsessionnels compulsifs…) pour surmonter les épreuves de l’existence. Ses courts récits sans concession, mêlent l’espoir, la tristesse et le rire.
Chaque histoire est vécue de l’intérieur par les jeunes protagonistes, à la première personne. Le lecteur est ainsi propulsé dans l’intimité de personnages de son âge, non idéalisés, et peut d’autant plus s’identifier à eux. Le livre aborde des thématiques réalistes qui touchent particulièrement les adolescents. Il traite d’évènements accélérateurs de maturité qui rendent difficile l’expression de sentiments sereins. Le divorce des parents, une naissance chaotique, un inceste, un père mourrant, une maladie grave, un complexe physique sont autant de facteurs susceptibles de rendre vache n’importe quel adolescent, de surcroît en amour… L’amour vache, c’est donc de l’amour qui ne veut pas dire son nom, de l’amour enfoui sous une multitude de couches de soucis… Mais cet amour, même maladroit, est absolument nécessaire pour vivre…

La suite sur Sitartmag... http://www.sitartmag.com/amourvache.htm

14.03.2008

Littér@ture et numérique

2000234571.gifCourrier international

du 13 au 19 mars 2008

n°906

Le dossier "Littérature : comment le numérique change tout?" pose la question de l'avenir du livre au regard de la révolution numérique. L'usage d'Internet oblige à repenser les pratiques d'écriture, d'édition et de lecture. Des écrivains débutants sont repérés sur le Net par des éditeurs. Les écrivains reconnus investissent également la toile pour exploiter les possibilités de création. "Le discour culturel n'est plus élaboré exclusivement par un petit groupe de critiques professionnels et d'auteurs écrivant dans les quotidiens et les revues ; d'autres acteurs exercent désormais une influence." La littérature peut-elle représenter un monde de plus en plus virtuel? Depuis 12 ans l'écrivaine Elfriede Jelinek publie des écrits sur son site. En 2007, elle a franchi un pas supplémentaire et décidé d'y écrire son nouveau roman... D'autres construisent avec succès leur intrigue sur Excel ou expérimentent un roman écrit par ordinateur... A réfléchir...

08.03.2008

L'éducation des filles

1563600341.gifHistoire de l'éducation: N° 115-116 (numéro spécial) - L'éducation des filles - XVIIIe-XXIe siècles. Hommage à Françoise Mayeur - Table quadriennale (supplément à Histoire de l'éducation 115-116)

INRP

2008

Ce numéro rend hommage à Françoise Mayeur (1933-2006), pionnière de l'histoire de l'éducation des filles en France. Il montre d'abord comment, depuis la fin du XIXe siècle, ce champ de recherche a très lentement émergé, avant de bénéficier, d'une part, des impulsions de la problématique du genre, et, d'autre part, de son inscription dans l'histoire politique, sociale et culturelle, qu'a illustré F. Mayeur tout au long de son oeuvre.
L'histoire du personnel enseignant féminin fait l'objet de deux études originales, qui la confrontent avec celle du personnel masculin : pourquoi les institutrices sont-elles devenues majoritaires dans le corps enseignant primaire ? Comment les agrégées des lycées ont-elles concilié la spécificité de l'enseignement des jeunes filles avec leurs revendications d'égalité avec les agrégés masculins ?
L'enseignement donné aux filles est lui-même interrogé dans la perspective du genre : quelle a été la part de la formation proprement intellectuelle et de l'éducation aux rôles familiaux et sociaux, et en quoi ces objectifs ont-ils été spécifiques aux filles ou communs aux deux sexes ? Les enseignements analysés sont ceux qui ont été dispensés à l'école élémentaire du XVIIIe siècle à nos jours, dans les lycées de la Troisième République et dans les internats de rééducation de l'après-guerre.