10.06.2008
Joute verbale
Je vous propose aujourd'hui un article contre lequel je m'inscris en faux mais qui a le mérite de faire avancer le débat. Cette note publiée sur Citrouille traite d'un supposé oubli éditorial des 9-12 ans en littérature jeunesse... L'intéressante joute verbale qui s'en suit fait progresser la discussion et convoque l'épineuse question de l'étiquette, de la segmentarisation, et du flou "artistique" aux contours de la littérature jeunesse. Je n'ai rien à rajouter, les réponses d'Anne Percin et Blandine Longre sont tout à fait pertinentes!
15:30 Publié dans adolescence et sexualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : prescripteur, littérature jeunesse, auteurs jeunesse, écrivain, tranche d'âge
04.06.2008
Je reviens de m'énerver
La lecture d'un article (oh, c'est étrange le lien n'existe plus...) (enfin surtout des commentaires moralisateurs suscités...) sur le roman d'Antoine Dole Je reviens de mourir m'inspire ces quelques mots, peu diplomatiques je l'admets...
Je suis interloquée par l'attitude réactionnaire de pas mal de prescripteur-trice-s. Pornographie, interdiction, brutalité... Savez-vous de quoi vous parlez? Et la littérature, la poésie, l'émotion qui émanent de ce fort joli roman? Je suis prescriptrice également, et parfois j'avoue en avoir honte, surtout qd je lis autant de commentaires, mes chères collègues, emprunts de censure moralisatrice... Vous craignez donc que nos lecteur-trice-s adolescent-e-s se prostituent ou se suicident (ou pire les 2) aprés la lecture de ce roman? Et si au contraire, en s'identifiant à l'héroïne, ils ressentaient une forte envie de vivre et relativisaient leurs problèmes au regard de sa terrible souffrance? Laissons les adolescents libres de lire des romans qui parlent de sexualité transgressive, vous les prenez donc pour des enfants de choeurs? ! Dernière chose, pour les plus puritaines d'entre vous, je vous conseille l'excellent et déjà quelque peu ancien, Lady ma vie de chienne de Melvin Burgess, qu'il y a qques années, une de vos consoeurs libraires avait refusé de me vendre sous prétexte de son caractère "hautement pornographique"... Ne changez pas, vous êtes parfaites!
Voilà Céline, tes désirs sont des ordres... Je te laisse lire ma petite bafouille déjà ancienne accessible ici aux non-myspaciens... Je vais encore me faire des ennemis... Tant pis!
19:32 Publié dans adolescence et sexualité | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : prescripteur, roman pour adolescents, antoine dole
07.04.2008
"Je reviens de mourir" une fable noire éblouissante
Merci à Antoine Dole de m’avoir apporté des réponses éclairantes sur la genèse littéraire de son premier livre… La chronique qui suit s’en nourrit de-ci, de-là…
Liquidons tout de suite une idée farfelue… Non l’auteur très prometteur de ce « conte défait » moderne n’est pas une « punkette» mais bel et bien un jeune écrivain de sexe masculin. Fils spirituel de Virginie Despente, Antoine Dole s’affranchit avec brio de ce que la société attend d’un premier roman de garçon et démontre en faisant cela « une certaine universalité des émotions, au-delà des questions de genre et de sexe » car poursuit-il « on est tous égaux face à la perte de l’autre, l’absence de l’autre, le besoin de l’autre… »
Je reviens de mourir innove sur le plan éditorial. Il s’accompagne d’une « bande annonce littéraire » utilisant les codes cinématographiques et d’une excellente bande-son, proposée au tout début du roman « pour compléter la dynamique et les influences dans lesquelles toute cette littérature nouvelle génération a trouvé naissance… (Voir l'article consacré à la promotion éditoriale différente sur le blog de Blandine Longre et l’article sur la nouvelle collection Exprim' sur le blog d’Antoine Dole )
Fable glauque et sensuelle, ce récit convoque toute une palette d’émotions et nous tient prisonnier de ses mots chahuteurs et chahutés. Ses phrases saccadées reflètent l’urgence, et la « rythmique des émotions ». Sous la plume écorchée d’Antoine Dole, les fêlures cachées se réveillent et déposent leurs maux crus sur le papier avec une infinie sensibilité. Il nous fait pénétrer l’alcôve de deux jeunes filles aux mal-êtres entremêlés, Cendrillons violentées par leurs princes charmants… Marion aime Nicolas au point de supporter ses coups, bleus au corps et à l’âme. Elle l’aime au point d’accepter de se prostituer pour lui, de ne plus s’appartenir, n’être plus rien, pas même une ombre, juste un corps mort. Crever des coups de l’autre plutôt que de l’indifférence… Autre fille perdue, autre histoire. Eve dévore les hommes, les baise, les prend, les jette, les vomit… « L’âme d’Eve éjacule », se laisse posséder « comme une poupée qu’on bourre de coton crasse » pour ne pas s’attacher et ne pas « troubler l’eau du cœur ». Cela, jusqu’au jour où elle rencontre le gentil David et en tombe amoureuse. Mais quand être aimée n’est pas une habitude, l’âme et le cœur s’emballent et s’attachent jusqu’à la déraison… Telle un jeu de projection inversée, les deux héroïnes aux pulsions antagonistes scellent leur destin dans le « je » de l’autre…
Je reviens de mourir explore avec une grande justesse les limites de l’amour, celles que l’on pose et celles imposées par l’être aimé, que l’on accepte. Jusqu’où est-on capable d’aller par dépendance affective et jusqu’où l’autre est-il capable de nous entraîner ? « Marion et Eve sont chacune le pendant d’une réponse à l’autre ». La prostitution dans ce roman est la métaphore de ce que nous sommes prêts à corrompre notre âme par amour pour quelqu’un.
S’agissant de la voix de femme utilisée, Antoine Dole est parti du sentiment « qu’en 2008 la femme s’est affranchie du « pour-plaire » et qu’elle peut s’autoriser bancale, imparfaite ». Pour rentrer dans la peau d’héroïnes, il a eu besoin de personnages affranchis, libres de leurs émotions « que ce soit dans une dynamique primale ou sociale, capables d’accepter et d’engendrer leur propre destruction et le processus émotionnel qui y est lié ». Mais chez ses deux protagonistes, l’affranchissement flirte avec l’aliénation. Si Marion et Eve peuvent être considérées comme « libérées » du fait de leur sexualité transgressive, elles n’en sont pas moins esclaves du souvenir du père destructeur, reproduisant à chaque rencontre « amoureuse » ce rapport d’emprisonnement mental et physique. Les rencontres sexuelles addictives d’Eve traduisent son désir de refaire l’histoire, son histoire...
L’acuité du regard d’Antoine Dole sur les blessures adolescentes, fait de ce roman un objet littéraire d’une grande virtuosité, qui parlera certainement aux grands ados et aux adultes qui n’ont pas fini de se débattre avec les stigmates d’une enfance quelque peu mouvementée…
14:24 Publié dans adolescence et sexualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : romans pour adolescents, exprim, sarbacanne, sexualité, prostitution, violence
08.02.2008
"Les filles ça sait pas jouer en équipe et ça fait que des embrouilles..."
Merci à la maman de Lucien de m'avoir fait découvrir un roman de Geneviève Brisac "Monelle et les footballeurs" à L'école des loisirs (2000) que je ne connaissais pas et qui rentre parfaitement dans la thématique sport/différence des sexes. Apparemment ce roman parle des obstacles qu'affronte la jeune Monelle pour pratiquer son activité sportive préférée, le foot, sport masculin par excellence. Comble de tout elle veut en faire son métier... horreur! Enfin, Erreur d'orientation lui dit la conseillière d'orientation... Elle n'en a que faire et intégre l'équipe de foot du collège!
Deuxième obstacle, les vestiaires des filles sont fermés car biensur en temps normal, point de filles dans l'équipe... Monelle est obligée de se changer dans les toilettes...
Troisième problème, les garçons la mettent de côté et bien entendu ne veulent pas d'elle dans leurs équipes.... Forcément une fille c'est forcemment nulle en sport! Pas le choix, elle sera goal, et déjà c'est bien sympa de l'avoir acceptée dans le club!
Quatrième obstacle et pas des moindres... Monelle se débrouille vraiment bien au foot et marque deux but à l'entraînement... Elle devient même amie avec d'autres jeunes gens de son équipe qui l'admirent pour ses performances. Mais Fodel est jaloux de son talent et utilise un argument sexiste ancestral, "les filles ça ne sait pas jouer en équipe et ça fait des embrouilles"... Monelle, par peur d'être exclue de l'équipe, oh comble de l'absurdité, parce qu'elle est trop douée se sent donc obligée de brider sa force pour mieux correspondre à l'image qu'on attend d'une fille... C'est à dire qu'elle ne soit surtout pas excessivement douée, surtout pas dans un sport de "vrais mecs"!
La fin heureuse permet de dénoncer les stéréotypes et les à prioris stupides...
16:35 Publié dans adolescence et sexualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sport, football, image des femmes, différences des sexes, sexisme
30.01.2008
Liberté, responsabilité, sexualité...
Lady ma vie de chienne de Melvin Burgess, Gallimard jeunesse, 2002, 236 p.
Cet excellent livre soulève de nombreuses questions par rapport à la question féminine. Pourquoi une jeune fille qui enchaîne les relations sexuelles est-elle nécessairement "une chienne", sous pretexte qu'elle "aime ça" ? Pourquoi les auteurs qui osent proposer des personnages féminins originaux se limitent-ils à la sorcière ou à l'ado métamorphosée en animal? Ne serait-ce pas un "alibi" pratique? L'oeuvre de Burgess a le mérite de dénoncer le carcan de la moralité imposée par les hommes et de louer la liberté, celle de Lady-Sandra de rester une chienne et de mordre la vie à pleines dents.
D'ailleurs, depuis quelque temps, elle fait n'importe quoi : garçons, nuits blanches, vodka... à volonté et sans modération ! Un jour, au cours d'une dispute avec un clochard, Sandra se retrouve brusquement transformée... en chienne ! Celle que l'on appelle désormais Lady découvre sa nouvelle condition : se nourrir, dormir, s'amuser et se faire plaisir... Une vie qui fonctionne à l'instinct... Une vie de chienne ! Un roman percutant, drôle, original, qui ne manquera pas de choquer, de créer un réel débat mais ne laissera pas indifférent. Cette fois encore Melvin Burgess surprend !
09:15 Publié dans adolescence et sexualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : image de la femme, sexualité, adolescence
27.01.2008
Sport et identités sexuelles

Voici un article d'Ariane Tapinos tout à fait pertinent découvert sur Citrouille:
http://lsj.hautetfort.com/archive/2008/01/21/sport-sexe-e...
Il met en avant trois romans de Joyce Carol Oates, destinés aux adolescents (Zarbie les yeux verts, Sexy et Nulle et grande gueule).Au coeur de chacune de ces histoires le sport est présent. Comme le dit trés judicieusement la philosophe Geneviève Fraisse « les pratiques sportives restent des territoires fortement sexués et stéréotypés où se reproduisent mais aussi se transgressent les modèles dominants de la virilité et de la féminité ». Ces trois livres sont donc particulièrement intéressants pour l'étude de la construction et la trangression des identités de genres...
16:30 Publié dans adolescence et sexualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Adolescence, transgression, angoisse, désir, sport, construction des identités de sexes







