29.11.2007

Hermione Granger et les Relique de la Mort

a3c0f30a1f1167a15ea0b89f9d0d4d4a.jpgDernier tome d’Harry Potter savouré avec délectation et lenteur, afin de faire durer le plaisir avant l’inéluctable fin de l’histoire… Plusieurs années que l’automne rime avec la sortie tant attendue d’un nouveau tome… Et à chaque fois, la magie de ses mots opère, bien qu’entre temps je lui aie été quelque peu infidèle… La surmédiatisation du phénomène, les films qui ne m’ont guère enthousiasmée, le marketing intensif, n’ont pas eu raison de mon attrait enfantin pour Harry, Hermione, Luna, Molly, Ginny, Mac Gonagal, l’infâme Bellatrix et les autres… Peut-être est-ce parce que dans ce monde de moldus ennuyeux et peu fantasques j’ai ce besoin impérieux d’évasions littéraires dans le monde merveilleux des sorcières, ces êtres douées de pouvoirs libérateurs…

Mais revenons à nos reliques… Ce dernier opus réussit-il à clore de façon convaincante l’histoire, en renouant de façon cohérente les fils de toutes les intrigues? D’un certain point de vue oui, puisque, comme attendu, le Bien l’emporte, Harry par un subtil sort du destin, s’en sort et terrasse l’ennemi aidé par tous ses fidèles amis. J.-K. Rowling donne les clés nécessaires à la compréhension des tomes précédents… Par contre certaines vérités qui éclatent, semblent « tirées par les cheveux »… Non pas celle, tant commentée depuis, qui nous apprend que Dumbledore a été très proche de Grindelwald, mais plutôt celle concernant Rogue. Agent triple, au service de Dumbledore, son vœu était en réalité de protéger Harry au nom de son amour éternel pour Lily Potter… Le rebondissement judicieux et réaliste de ce tome 7 est cependant la manifestation d’amour inattendue de Dudley à Harry, au moment de lui dire adieu pour la dernière fois. Ce personnage jusqu’alors caricatural, devient enfin - il était temps - complexe et digne d’intérêt.

Concernant les personnages féminins de ce dernier tome, ils sont importants dans l’intrigue et manifestent tous un courage indéniable. Hermione est plus que jamais essentielle dans la quête initiatique de Harry puisqu’elle l’aide à surmonter presque toutes les épreuves. Il semble comme un peu perdu, dépassé par les évènements et ce destin exceptionnel très lourd. Heureusement Hermione le guide vers l’issue finale, bien plus que Dumbledore l’avait espéré... Le personnage d’Hermione a permis à des millions de jeunes filles « intellos » d’être dignement et positivement représentées. J’entend par-là, de ne plus être stigmatisées comme des « fayotes », des « bêcheuses » ou des filles ennuyeuses, mais d’incarner la brillance, le courage, l’audace et la raison… En regrettant tout de même son manque de folie… qualité dont n’est pas dépourvue Luna, pour notre plus grand plaisir !

 

21.11.2007

C'est pour un garçon ou pour une fille?: la dictature du genre de Georges-Claude Guilbert

2240859074fd58d59e0576a1df8709c1.jpgS'appuyant sur la recherche féministe anglo-saxonne, ce livre féroce s'en prend à la "dictature du genre" dans tous les domaines. "Nous naissons nus, tout le reste n'est que travestissement", selon RuPaul, la célèbre drag queen. Et si la nature avait parfaitement doté les femmes des outils nécessaires à la lecture des cartes routières, à l'infidélité, au braquage de banques ? Et si les petits garçons livrés à eux-mêmes adoraient jouer à la poupée ? Et si les hommes étaient tout aussi doués que les femmes pour préparer les biberons, langer et choyer les bébés ? Et si tous ceux qui croient le contraire n'étaient que les victimes d'une vaste conspiration mondiale vieille de 25 000 ans ? Voilà ce que cet ouvrage s'efforce de démontrer... Les illustrations de la rigidité des rôles attribués aux femmes et aux hommes ou, au contraire, les exemples de transgression sont puisés dans la vie quotidienne, la littérature et la culture populaire. Fervent adepte des théories "constructionnistes" de la personnalité, Georges-Claude Guilbert défie équitablement les phallocrates comme les féministes "essentialistes" qui ne jurent que par la Féminité et rejoignent en cela leurs "adversaires" machistes.

11.11.2007

Mémoire de Master 2: La sorcière, héroïne de romans-jeunesse contemporains : pour quelles images des femmes?

9900c17c2a93e649cd7b54d0f56553a8.jpgMémoire-sorcières-définitif.doc (Je n'ai pas encore apporté à ce mémoire les corrections nécessaires, il est donc complètement perfectible...) 

 

Le choix de mon sujet de mémoire découle de mon intérêt pour la réflexion autour de l’égalité fille/garçon. En effet, lors de mes études en histoire, je m’intéressais déjà  aux questions liées à la place des femmes dans la société et notamment dans les religions primitives. Mon mémoire portait sur la religion minoenne, dominée par une grande Déesse Mère. Dès la fin de mon année de maîtrise je me suis orientée vers les sciences de l'information et de la documentation afin de passer le concours d'enseignant du second degré et devenir professeur-documentaliste, avec l’idée mise de côté le temps du concours, de reprendre mes études et la recherche par la suite. Un séminaire sur le genre en éducation dirigé par Mme. Méjias et Mme. Baurens, lors de ma deuxième année d’IUFM, m’a permis de découvrir la réflexion sur le « genre masculin-féminin », tout en la reliant à l’un de mes centres d’intérêt, la littérature jeunesse et notamment à Harry Potter. Mon mémoire professionnel portait donc sur l’image des filles et des garçons dans Harry Potter. A travers cette étude j’avais tenté d’observer de quelle manière ce roman renouvelle l’approche des stéréotypes dans la littérature de jeunesse en présentant des personnages féminins et masculins qui cassent les stéréotypes ambiants, c'est-à-dire des garçons sensibles et des filles courageuses. Cette recherche s’était appuyée sur une analyse théorique de l’image des filles et des garçons mise en perspective avec les représentations des élèves de la 6° à la T°, cela grâce à un questionnaire créé par mes soins et distribué à 80 élèves volontaires. Ce séminaire et la rédaction du mémoire professionnel ont confirmé mon désir de poursuivre mes études, en les orientant vers la littérature jeunesse et le genre M/F. De plus la découverte de l’essai Du côté des petites filles d’Elena Gianini Belotti m’a ouvert les yeux sur le conditionnement de ces dernières et m’a incité à m’intéresser à ce qu’on leur donnait à lire, forgeant ainsi leur identité sexuée. En effet la littérature est porteuse de valeurs concernant les rapports entre les deux sexes. Actuellement la littérature jeunesse connaît une opposition entre des ouvrages affirmant l’égalité des sexes, invitant garçons et filles à sortir de leurs rôles prédéfinis, et des ouvrages proposant au contraire une conception rétrograde des sexes et renvoyant les jeunes lecteurs aux stéréotypes attribués généralement à leur sexe. J’ai souhaité réfléchir plus sérieusement à la question des représentations du féminin dans les romans pour adolescents. En concertation avec mes deux professeures, j’ai donc choisi d’étudier La sorcière, héroïne de romans jeunesse contemporains et de poser la question de l’image des femmes véhiculée à travers son personnage. Le choix d’étudier ce personnage fait sens par rapport à la question du genre car cela revient à étudier la manifestation du féminin par excellence. Comme Michelet l’a rappelé en 1862 dans son célèbre ouvrage : «  Pour un sorcier, dix mille sorcières » En effet, pour reprendre une citation de Christine Planté, dans la préface de Sorcières et sorcellerie, « L’histoire de la sorcellerie, de sa répression et de ses représentations est traversée par la différenciation des sexes et met en jeu un imaginaire féminin[1]. » Dans la production littéraire de jeunesse et notamment dans les romans pour adolescents, la sorcière est en effet de plus en plus présente depuis les années 90 et plus particulièrement ces dernières années. Ce travail de recherche sur les images féminines véhiculées par les nouvelles sorcières a reposé sur l'étude narratologique et culturelle d’un corpus littéraire de 9 romans ainsi que sur la confrontation des travaux de recherche existants sur la littérature jeunesse. Après avoir fait une synthèse de leurs conclusions, je suis partie de l'hypothèse d'un retour du sexisme dans ce segment littéraire. Dans ce contexte-là, j’ai étudié la modernisation paradoxale du personnage de la sorcière, héroïne de nombreux romans pour adolescents, puis j’ai observé si ce nouvel emblème féminin permettait globalement une valorisation de la figure héroïque féminine et de l’image des femmes. J’ai constaté que de nouveaux stéréotypes avaient succédés aux précédents mais qu’ils n’étaient plus liés au sexe des sorcières mais plutôt au marketing éditorial. En effet la sorcière, investie positivement, à l’image d’Hermione Granger, l’alter ego féminin de Harry Potter plait énormément aux filles mais aussi aux garçons. C’est pour cela que la sorcière s’est faite blanche, pour répondre aux attentes des lecteurs. Par contre les auteurs qui choisissent sincèrement de raconter des histoires de sorcières ont simplement envie de proposer des personnages d’aventurières, tintés d’une sorte d’exotisme  obscure. Nos sorcières, à mon sens, sont l'incarnation "unisexe" d'une personne accomplie et libre de ses choix. En ce sens ce personnage me semble tout à fait valorisant pour les adolescentes, mais ni plus ni moins que les « piratesses », les aventurières ou autres battantes sans pouvoirs surnaturels. Ainsi elles proposent de nombreux modèles féminins, plus ou moins inspirés. Mary est une aventurière, Blanche une révoltée sociale, Isa une angoissée, Verte une jeune fille désireuse de ne pas ressembler à sa mère, Reason une rationnelle, Tara une super- héroïne, Vanessa une super-héroine malgrès elle et Morgane, une future grande sorcière… Mis à part les deux dernières héroïnes, issus de collections sexuées, Tara Duncan, Dans les griffes de la sorcière, Journal d’une sorcière, Isa la sorcière ou Sorcière blanche sont susceptibles de plaire autant aux qu’aux autres. « Historiques » ou « postmodernes », les sorcières d’aujourd’hui renversent les vieux clichés toujours très présents dans les livres pour plus petits. A défaut de toutes véhiculer une image renouvelée de la femme, elles proposent de nouvelles figures de la sorcière désormais plurielle. Les romans étudiés proposent donc un amoindrissement des identités de sexe car l’éventail d’héroïnes élargit les modèles de références féminins. Sans être des garçons manqués, elles sont de vraies femmes ! Ainsi les jeunes lectrices peuvent intégrer de nombreux modèles de références, pour la plupart non stéréotypés donc valorisant pour elles et les garçons peuvent s’identifier à ces personnages du sexe opposé et associer leurs qualités, non plus à la masculinité, mais à la féminité. Ma recherche m’a permis de découvrir ou redécouvrir de nombreux livres intéressants à proposer aux élèves car avant de sélectionner mon corpus définitif j’ai dû en lire beaucoup plus que neufs. J’ai rencontré au fil des mes lectures des héroïnes passionnantes qui n’étaient pas des sorcières, mais que j’avais prises pour telles avant d’avoir lu les ouvrages. Je pense à Jala l’héroïne d’Une histoire impossible à peindre de Claire Ubac ou Matilda Bones l’héroïne du roman éponyme et à bien d’autres encore… Ces deux romans furent une vraie bonne surprise et l’esprit quelque peu féministe de Claire Ubac m’a beaucoup plu… Ce fut, par contre, beaucoup plus difficile de me forcer à lire certains livres qui ne me plaisaient pas du tout. Si j’ai aimé tous les romans qui se déroulent au dix-septième siècle, j’ai par contre été assez ennuyée par ceux dont l’histoire se déroule aujourd’hui, à l’exception de Verte de Marie Desplechin. La qualité de son écriture et la mise en résonance des voix des personnages, participe bien entendu, à donner de l’épaisseur à la quête identitaire de la jeune sorcière.  Par contre, je n’ai pas vraiment accroché au roman Tara Duncan par exemple. Bien que j’ai trouvé cette héroïne sympathique, l’écriture de Sophie Audouin-Mamikonian, ne m’a pas enthousiasmée. Pour conclure je dirais que mon travail reste sommaire car je n’ai étudié que neufs romans parmi la déferlante de publications. Mais j’espère cependant avoir réussi à dresser un portrait assez représentatif des sorcières dans les romans pour adolescents de publication récente. En parallèle de ce mémoire j’ai créé au cours de l'année et au fil de mes recherches ce blog afin de mutualiser de nombreuses  informations concernant les études de genre M/F et la littérature jeunesse et mettre en avant la littérature enfantine proposant des héroïnes modernes. Au départ il s'agissait pour moi, simplement de présenter plus facilement à mes camarades du séminaire sur le genre et à Mme. Planté, le type de littérature sur lequel mes recherches portaient ainsi que les apports théoriques en genre existants, lors de mon exposé. Puis j'ai continué à l'agrémenter. Le nombre de visiteurs et les différents échos que j’en ai eu jusque là m’encouragent à poursuivre le développement de ce blog.  Très modestement je pense qu’il contribue à promouvoir la thématique du genre M/F reliée à la littérature jeunesse et aux héroïnes.  


[1] PLANTE (C.) ss. La dir. de,  Sorcières et sorcellerie, PUL, 2002, p.5

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