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28.12.2007

Trente cinq ans après la publication de Du côté des petites filles, où en sommes-nous ?

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BAUDELOT (C.), ESTABLET (R.), Quoi de neuf chez les filles ? Entre stéréotypes et libertés, Nathan, 2007, 141 p.

En 1973, Elena Gianini Belotti publiait aux éditions Des Femmes un livre fondateur sur l’origine sociale des inégalités entre les deux sexes. De manière claire et irréfutable, elle mettait en évidence le caractère socialement construit des différences entre le masculin et le féminin : «La soi-disant infériorité des femmes naît de leur conditionnement, elle n’est pas plus naturelle que ne l’est la supériorité de l’homme et si l’éducation ne visait qu’à développer des qualités humaines de l’enfant, sans tenir compte de son sexe, cette inégalité s’effacerait d’elle-même. » Trente cinq ans plus tard, le livre de Christian Baudelot et Roger Establet, Quoi de neuf chez les filles ? Entre Stéréotypes et libertés, en filiation directe avec le premier, dresse un panorama des continuités et des ruptures intervenues depuis, en s’appuyant sur les derniers travaux issus de différents champs disciplinaires (sociologie, histoire, neurobiologie, psychanalyse, psychologie). L’école est devenue mixte, les mères travaillent et, paraît-il, les pères font la vaisselle… Pour autant les attentes et les comportements des adultes à l’égard des filles et des garçons ont-ils réellement changé ? Les petites filles ne sont-elles plus traitées différemment des garçons ? Leur position sociale s’est-elle améliorée ?

Si la suite vous intéresse, cliquez sur ce lien et découvrez ma première chronique de livres sur Sitartmag...

http://www.sitartmag.com/quoideneuf.htm

25.12.2007

Le père Noël est féministe...

721c5f02e50b671ab3b2d01663106de1.jpgLe père Noël qui est venu me déposer les cadeaux au pied du sapin est passé à la librairie libertaire La Gryffe à Lyon et semble s'intéresser de prés aux études sur le Genre... Ce père Noël rajoute à ma pile de livres de chevet deux ouvrages qui me semblent fort intéressants, qu'il me tarde de lire ...

Femme = danger? Pour en finir avec le mythe de la femme dangereuse de Gonzague de Sallimard aux éditions Homnisphères, 2007.

Sommaire du livre:

LA GENESE DU MYTHE
  • Où il apparaît que la femme serait prétendument dangereuse pour la société
  • Quand la femme est physiquement dangereuse pour les hommes
  • Des tares physiques aux faiblesses psychiques
  • Dieu, lui aussi se méfie-t-il des femmes ?
  • Et pourtant elle tue !


LA MUTATION DU MYTHE

  • La sorcière
  • La femme seule
  • La féministe
  • La castratrice
  • L'androgyne
  • La femme active
  • La femme politique

et Le destin des femmes et l'école de Denise Guillaume aux éditions l'Harmattan, 1999.

 

 

17.12.2007

Tous ces silences entre nous

7159c7242f79911912444f08c28f5854.jpgUMRIGAR (T.), Tous ces silences entre nous, Flammarion, 2007.

A travers ce roman, l'auteure nous plonge dans l'Inde du XXIe siècle. Bhima est une vieille femme pauvre qui vit dans un bidonville avec sa petite fille Maya. Afin de subvenir à leurs besoins et lui permettre d'étudier, Bhima travaille comme domestique dans les beaux quartiers. Sa patronne est de la même génération qu’elle mais de classe sociale différente. Un fort lien les unit... leur condition de femme indienne. Des évènements vont boulverser cette belle entente. Décrivant cette société de castes à travers le regard d'héroïnes semblables malgrès les différences, Thrity Umrigar s’attache à mettre en mots les rêves, les aspirations et les révoltes intérieures de chacunes. Mais le destin se charge, inexorablement, de remettre ces deux êtres à leur place...

La lettre écarlate

b53570e2c1b471f0023cbd244f342b6b.jpgLa lettre écarlate
Nathaniel Hawthrone
Garnier Flammarion

Est-ce un crime d'aimer?

La lettre A en belle étoffe écarlate, brodée de fils d'or sur la poitrine de la jeune Hester Prynne, telle une marque au fer rouge témoignant de son crime, nous crie que oui. Hester a commis un adultère. Elle est accusée d'avoir pêché avec un homme du village, dont elle refuse de dévoiler le nom, et d'avoir eu un enfant avec lui. La beauté insolente de cette femme contraste avec la grisaille puritaine ambiante. Son vêtement orné du fantastique A, aux détails si originaux, révèle l'insouciance désespérée d'une femme condamnée pour avoir aimé.

Ce trés beau livre s'ouvre sur la scène édifiante qui suit. Avant de retourner en prison, Hester est conduite sur le lieu du châtiment, le pilori de la place du marché, symbole de l'ignominie humaine. Elle y est exposée devant, le bébé du pêché dans ses bras, le temps de subir les impitoyables regards, les venimeux coups de langue et les outrages en tout genre de la foule amassée. Infame masse humaine peuplée de puritains frustrés par une morale austère et oppressante. Dans une telle société les passions sont forcément inavouables et doivent être enfouies au plus profond de soi.  

La lettre écarlate va l'ostraciser. Elle est mise au ban de la société puritaine de Boston, condamnée à la solitude.

Dans la foule qui l'observe se trouve un homme, son mari, qu'elle croyait avoir perdu, tant son absence s'était éternisée. Il la reconnait. Un peu plus tard, il vient lui rendre visite en prison et lui fait promettre de ne jamais signaler sa présence aux autorités de la ville. Roger Chillingworth vient de faire son apparition. Un seul dessein anime cet homme trompé, bafoué, perdre l'âme de son rival.

Hester reste quelques mois en prison, où pour passer le temps, elle brode de fabuleux vêtements car elle possède le don de lier les fils avec génie. Courageuse et digne, elle affronte les reproches des Puritains.  En parallèle se noue un autre drame, car le jeune amant d'Hester n'est autre que le pasteur, considéré comme un saint par la communauté, Arthur Dimmesdale. Cet homme d'église dépérit de jour en jour, s'émacie, consumé par une culpabilité silencieuse. Roger Chillingworth, finit par s'en rendre compte et comprend quel terrible secret en est la cause. Fou de haine contre le traître, il prend un malin plaisir à l'accompagner vers la mort en intensifiant insidieusement sa culpabilité. L'amant, sous la torture morale, expire au bras d'Ester qu'il a toujours aimé, après avoir avoué à la face du monde qu'il est le père de la petite Pearl.

Les années passent. Hester élève dignement et seule, sa petite fille, adorable petit lutin, mutin et charmeur, fruit de l'amour interdit. Considérée comme la fille du Prince des Airs, l'enfant-sorcière grandit stigmatisée par les bien-pensants. Cependant sa mère finit pas être réhabilitée par la communauté et sa lettre A devient le symbole de sa rédemption par l'action. Sa fille connait le même sort à partir du moment où son père confesse sa faute et, de la sorte, est pardonné. 

Ce roman historique publié en 1850 est un pamphlet virulent contre la société puritaine, arrivée en Amérique au début du 17e siècle et fondatrice des treize colonies de la côte est. D'un point de vue masculin/féminin, ce roman montre en quoi les femmes, bien plus que les hommes, ont souffert du rigorisme extrême et de ses lois indignes et oppressantes. A méditer aujourd'hui encore...

12.12.2007

Le jeu "ma bimbo" ou l'apologie de la crétinerie...

69287a2781cbb20331fd8138fc6e5bd6.jpgJe viens de découvrir un site "extraordinaire"... qui permet de jouer au jeu " Ma bimbo"! Sans aucun second degré, donc sans aucun humour ni recul, il propose aux adolescentes - façonnables à souhait - de devenir "une femme moderne" c'est à dire la bimbo virtuelle du moment, la plus célèbre et la plus riche... Les consignes sont les suivantes:

  • Il te faudra un logement pour exercer ta future profession... ( Poule de luxe??? Nourrice??? Voyante???)
  • Il te faudra un travail pour subvenir à tes besoins et acheter les vêtements dont tu as envie... (Bien entendu tu seras superficielle et tu ne t'achèteras rien de culturel... )
  • Essaye toutes les fringues que tu veux et deviens la plus belle ! (Mise tout sur ton physique et surtout... tais-toi!!!)
  • Tu devras te montrer dans les discothèques pour être de plus en plus connue. (Sois superficielle, intéressée et dandine ton corps sur les dance floors, tu iras loin dans le showbiz ma fille..)
  • Séduis un homme célèbre pour accèder plus vite à la célébrité... (Sois manipulatrice et réalise toi dans le  mariage...)
  • S'il le faut tu devras avoir recours à la médecine et aussi à la chirurgie esthétique... (n'hésite pas à mutiler ton corps pour plaire à ton homme...)
  • Suis les missions pour accéder au rang de star le plus rapidement possible !! (Obéis et tu deviendras l'idéal féminin adulé des foules!!!)

Ce jeu est donc parfait pour que les jeunes filles intègrent des valeurs passéistes... qui font rimer féminité avec aliénation, niaiserie, manipulation, superficialité... ainsi les adolescentes en pleine construction sexuée, intériorisent leur aptitude à vivre à travers l'autre, et notamment à travers le regard de l'homme. Tout ce qu'elles feront servira à les rendre objet de désir sans pensées propres...  

Bimbo: fille (voyante, qui suit la mode clinquante), pimbêche maquillée (languefrançaise.net)

10.12.2007

Devoirs d'écriture : modèles d'histoires pour filles et littérature féminine au XIXe siècle

34cc699cecedd734e3cd61076a896047.gifDevoirs d'écriture : modèles d'histoires pour filles et littérature féminine au XIXe siècle écrit par Bénédicte Monicat.

Tout au long du XIXe siècle, les femmes consacrèrent d'innombrables ouvrages de fiction à un jeune lectorat féminin. Assumant de la sorte les responsabilités éducatives qui leur étaient conférées, elles firent des écrits pour l'enfance et la jeunesse le domaine privilégié de l'activité littéraire féminine. Devoirs d'écriture est la première étude critique d'ensemble consacrée à ce pan d'une histoire littéraire méconnue qui mérite d'être abordée non seulement pour les liens qu'elle entretient avec l'histoire de l'éducation ou celle du livre et de la lecture, mais surtout pour ce qu'elle révèle d'une histoire des femmes qu'elle contribue à transformer.
L'ouvrage rend compte des modes d'écriture les plus représentatifs de ce vaste corpus et, ce faisant, propose une réflexion sur les phénomènes de sexuation à l'œuvre dans une production littéraire à la fois normative et déstabilisatrice. Robinsonnades et des récits de voyages imaginaires révèlent la difficulté à maintenir les héroïnes dans les confins d'univers domestiques. Les récits à la première personne signalent la difficulté qu'il y a à faire parler la petite fille, et plus encore la jeune fille, sans invoquer des processus d'individuation qui vont à l'encontre des modèles prescrits du comportement des femmes et des filles.
Par ailleurs, les contes ou petits romans témoignent de l'existence d'échappées ludiques et de projets esthétiques novateurs. Les romans, quant à eux, soumis à des fins édificatrices censées conjurer les dangers de la lecture, présentent aux lectrices des parcours de vie aux scénarios limités. Et pourtant, comme le montre l'analyse des romans de Zénaïde Fleuriot qui clôt cette étude, les méandres de la fiction au long cours mettent en lumière les paradoxes et les aspirations qui constituent les univers des femmes au XIXe siècle.
Si ces ouvrages de fiction offrent des modèles d'écriture prescriptifs, ils cultivent aussi le détachement critique dans des jeux de représentations dont Devoirs d'écriture souligne l'importance pour l'histoire des femmes au XIXe siècle.
(résumé de la quatrième de couverture)

03.12.2007

Coraline au pays des cauchemards...

8c9eede572637f225aa5683a2a0af159.gifGAIMAN Neil, Coraline, Albin Michel, 2003, 152 p.

Coraline vient d'emménager dans une nouvelle et grande batisse, où en exploratrice avertie, elle s'en donne à coeur joie. Elle fait d'abord la connaissance des vieilles demoiselles Spink et Forcible, au rez-de-chaussée puis du vieux toqué à grosse moustache du deuxième. Elle explore chaque recoin du jardin, s'aventure aux alentours, découvre un puit perdu. Son goût pour l'aventure et l'exploration est décuplé par le fait que ses parents ne trouvent jamais le temps de jouer avec elle. Coraline regrette ce qu'elle prend pour un manque d'intérêt de leur part...

"Je m'appelle Coraline. Pas Caroline. Coraline." La petite fille a parfois l'impression de ne pas réellement exister aux yeux de ses parents et même aux yeux de ses nouveaux voisins qui ne veulent pas retenir qu'elle s'appelle Coraline et non Caroline, niant ainsi son identité propre. Un jour de pluie où Coraline s'ennuie car elle n'a pas le droit de sortir, elle se met à explorer l'appartement et découvre une porte fermée à clé qu'elle n'a bien entendu pas le droit d'ouvrir... Il n'en faut pas moins à notre petite exploratrice pour succomber à la tentation de le faire malgrès tout...

Dés lors, elle bascule dans une sorte d’univers parallèle, un monde inversé où elle rencontre son autre père et son autre mère. D’abord séduite par ses "nouveaus parents" pleins d'affection, Coraline tombe lentement dans le piège que lui tendent ces deux créatures tout droit sorties des pires cauchemars. Leurs yeux sont des boutons, ce qui les fait ressembler à d'horribles épouvantails maléfiques... Du fantastique l'histoire glisse vers l'horreur...

J'avoue, non sans honte, avoir suivi peureusement l'héroïne, beaucoup plus courageuse et intrépide que moi... Plusieurs fois je fus tentée de lui crier "Non Coraline, ne t'aventure pas là-bas, reste plutôt tranquille, à lire sur ton lit... Toute conditionnée par un environnement familial craintif que je suis... Mais Coraline est bien différente et tant mieux pour elle. Son intelligence, sa bravoure, son ingéniosité et son courage - elle se répète souvent "Je suis courageuse! Je suis courageuse!"- la font, heureusement, triompher de ses redoutables adversaires. Plus qu'heureuse de retrouver le monde réel et ses parents chéris, elle réalise qu'ils l'aiment bien plus qu'elle ne le pensait. Elle témoigne son amour à son père et comme s'il n'attendait que cela, il prend enfin le temps de s'occuper d'elle... Tout est bien qui finit bien!

Journal d'une sorcière de Celia Rees, Seuil, 2007

19c9e0dd4344f3da969e2b58a82f7659.gifNouvelle édition de cet excellent roman pour adolescent-e-s. Journal d’une sorcière est un pseudo récit autobiographique sous forme de journal intime comme son titre l’indique. L’auteure a voulu lui donner une valeur scientifique  en préfaçant l’ouvrage à la manière d’une anthropologue fictive, Alison Ellman. Cette dernière aurait soi-disant retrouvé son manuscrit dans une couverture en patchwork de l’époque coloniale. On y apprend que Mary, jeune sorcière du dix-septième siècle, fut obligée de fuir son village au sein d’une communauté puritaine embarquée pour la Nouvelle Angleterre et qu’elle découvrit auprès d’eux ses pouvoirs et la haine calomnieuse des puritains envers les femmes qui ont des connaissances.

 

           

Vies de sorcières de Celia Rees, Seuil, 2003

cf72eba24b5f91ec5204dc12578560c0.gifVies de sorcières est la suite de Journal d’une sorcière. Il n’est plus rédigé sous forme d’un journal intime mais sous forme d’un roman non linéaire. De la même manière que dans Journal d’une sorcière, l’auteure, sous la plume d’Allison Ellman, fait précéder son récit d’une préface scientifique fictive. La structure narrative de ce roman est complexe. En effet il comporte de longs et nombreux retours en arrière à travers les songes médiumniques d’Agnès Herne, la descendante de Mary. Il met en abîme le premier tome car c’est à la lecture du Journal d’une sorcière qu’Agnès Herne, jeune indienne Mohawk, comprend qu’il lui faut retrouver la trace de Mary, disparue trois siècles plus tôt, et dont le destin est étrangement lié au sien. Elle contacte l’anthropologue qui avait retrouvé les feuillets du journal intime de Mary et en avait fait un livre. Elle lui révèle qu’elle est sa descendante et qu’elle peut l’aider à retrouver sa trace dans le temps. Puis avec l’aide de sa tante, Agnès devient Mary le temps d’un voyage spirituel au dix-septième siècle. Mary, à travers l’esprit d’Agnès, nous conte sa propre histoire, celle d’une adolescente fugitive recueillie par Geai et Aigle Blanc, celle d’une femme acceptée par la tribu sous le nom d’ « Yeux de loup ». Le procédé narratif, très intéressant, permet la mise en lumière de trois personnages féminins très riches intellectuellement: Allison l’anthropologue, Agnès la descendante de Mary, étudiante en anthropologie et douée du pouvoir de double vue puis Mary la sorcière « historique ». 

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