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17.04.2008

Le journal de ma sœur, Anne Poiré - Seuil jeunesse, 2008 - Dès 10 ans

1823913285.jpgParticulièrement réussi, ce roman explore le deuil et ses enjeux affectifs. A travers la voix de Patrice, Anne Poiré parvient à émouvoir aux larmes tout en transmettant un véritable élan de vie. Le jeune garçon déteste sa sœur, si belle et intelligente, qui lui fait de l’ombre et attire toute l’attention sur elle, surtout celle des parents. Un jour cependant tout bascule, au moment de partir en vacances aux sports d’hivers, Julie est victime d’un accident. Le drame anéantit toute la famille et le chagrin de ses parents est tel qu’ils en oublient le reste… Comment exister au milieu du chaos ? Personne ne se rend compte de la peine de l’adolescent et de ses vomissements de désespoir. Entre culpabilité, tristesse et manque, il doit désormais vivre sans elle. Heureusement il peut compter sur une de ses professeures et sur ses amis, surtout Violette et Ismaïl. Le soutien d’une psychologue et une thérapie familiale s’avère nécessaire à tous pour faire le deuil de cet être tant aimé et apprendre « à vivre sans ». La découverte par Patrice du journal intime de sa sœur, le libère de sa culpabilité et le réconcilie définitivement avec elle. Un livre réaliste écrit dans un style direct qui bouleverse par sa justesse et trace les chemins de la re-naissance après la perte.

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08.04.2008

Coup de coeur innatendu!

1446713417.jpg Le pont aux cerisiers écrit par Blanca Alvarez et Traduit de l’espagnol par Anne Calmels, Castor Poche Flammarion, 2008 

  Voici un livre soigneusement écrit, tout en douceur et en sagesse, qui aborde le thème de la transmission inter-générationnelle d'une fort joli façon.

« Le pont aux cerisiers sépare deux rives comme deux vies destinées à se rejoindre : l’existence n’est qu’une passerelle qui naît dans le vide et s’achève dans l’oubli. » D’inexistants nous redevenons poussières. Seule la Mémoire persiste et fait exister les ombres du passé.

Ce roman aux saveurs du Céleste Empire nous entraîne à la croisée d’une Chine urbaine reniant ses racines ancestrales et d’une Chine rurale empreinte de sagesse et de traditions perdues. Il aborde le thème fondamental de la transmission intergénérationnelle, puis celui de l’oppression sociale faite aux plus faibles. L’auteure décline cet asservissement à travers plusieurs histoires entremêlées, racontées par la sage et honorable Lin-Lin à sa petite fille Bei-Fang. La jeune fille, d’abord réticente à l’idée d’écouter les « palabres » de sa vieille grand-mère, prend rapidement conscience du pouvoir des mots et de la liberté qu’ils recouvrent. Elle ouvre son cœur à cette sève transmise de femmes en femmes depuis la nuit des temps.

 

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07.04.2008

"Je reviens de mourir" une fable noire éblouissante

506282615.gif Merci à  Antoine Dole de m’avoir apporté des réponses éclairantes sur la genèse littéraire de son premier livre… La chronique qui suit s’en nourrit de-ci, de-là…

Liquidons tout de suite une  idée farfelue…  Non l’auteur très prometteur de ce « conte défait » moderne n’est pas une « punkette» mais bel et bien un jeune écrivain de sexe masculin. Fils spirituel de Virginie Despente, Antoine Dole s’affranchit avec brio de ce que la société attend d’un premier roman de garçon et démontre en faisant cela « une certaine universalité des émotions, au-delà des questions de genre et de sexe » car poursuit-il « on est tous égaux face à la perte de l’autre, l’absence de l’autre, le besoin de l’autre… »

Je reviens de mourir innove sur le plan éditorial. Il s’accompagne d’une « bande annonce littéraire » utilisant les codes cinématographiques et d’une excellente bande-son, proposée au tout début du roman « pour compléter la dynamique et les influences dans lesquelles toute cette littérature nouvelle génération a trouvé naissance… (Voir l'article consacré à la promotion éditoriale différente sur le blog de Blandine Longre et l’article sur la nouvelle collection Exprim' sur le blog d’Antoine Dole )

Fable glauque et sensuelle, ce récit convoque toute une palette d’émotions et nous tient prisonnier de ses mots chahuteurs et chahutés. Ses phrases saccadées reflètent l’urgence, et la « rythmique des émotions ».  Sous la plume écorchée d’Antoine Dole,  les fêlures cachées se  réveillent et déposent leurs maux crus sur le papier avec une infinie sensibilité. Il nous fait pénétrer l’alcôve de deux jeunes filles aux mal-êtres entremêlés, Cendrillons violentées par leurs princes charmants… Marion aime Nicolas au point de supporter ses coups, bleus au corps et à l’âme. Elle l’aime au point d’accepter de se prostituer pour lui, de ne plus s’appartenir, n’être plus rien, pas même une ombre,  juste un corps mort. Crever des coups de l’autre plutôt que de l’indifférence…  Autre fille perdue, autre histoire. Eve dévore les hommes, les baise, les prend, les jette, les vomit… « L’âme d’Eve éjacule », se laisse posséder « comme une poupée qu’on bourre de coton crasse » pour ne pas s’attacher et ne pas « troubler l’eau du cœur ». Cela, jusqu’au jour où elle rencontre le gentil David et en tombe amoureuse.  Mais quand être aimée n’est pas une habitude, l’âme et le cœur s’emballent et s’attachent jusqu’à la déraison… Telle un jeu de projection inversée, les deux héroïnes aux pulsions antagonistes scellent leur destin dans le « je » de l’autre…

Je reviens de mourir explore avec une grande justesse les limites de l’amour, celles que l’on pose et  celles imposées par l’être aimé, que l’on accepte.  Jusqu’où est-on capable d’aller par dépendance affective et jusqu’où l’autre est-il capable de nous entraîner ? « Marion et Eve sont chacune le pendant d’une réponse à l’autre ». La prostitution dans ce roman est la métaphore de ce que nous sommes prêts à corrompre notre âme par amour pour quelqu’un.

S’agissant de la voix de femme utilisée, Antoine Dole est parti du sentiment « qu’en 2008 la femme s’est affranchie du « pour-plaire » et qu’elle peut s’autoriser bancale, imparfaite ».  Pour rentrer dans la peau d’héroïnes, il a eu besoin de personnages affranchis, libres de leurs émotions « que ce soit dans une dynamique primale ou sociale, capables d’accepter et d’engendrer leur propre destruction et le processus émotionnel qui y est lié ». Mais chez ses deux protagonistes, l’affranchissement flirte avec l’aliénation. Si Marion et Eve peuvent être considérées comme « libérées » du fait de leur sexualité transgressive, elles n’en sont pas moins esclaves du souvenir du père destructeur, reproduisant à chaque rencontre « amoureuse » ce rapport d’emprisonnement mental et physique. Les rencontres sexuelles addictives d’Eve traduisent son désir de refaire l’histoire, son histoire...

L’acuité du regard d’Antoine Dole sur les blessures adolescentes,  fait de ce roman un objet littéraire d’une grande virtuosité, qui parlera certainement aux grands ados et aux adultes qui n’ont pas fini de se débattre avec les stigmates d’une enfance quelque peu mouvementée…

 

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