17.04.2008

Le journal de ma sœur, Anne Poiré - Seuil jeunesse, 2008 - Dès 10 ans

1823913285.jpgParticulièrement réussi, ce roman explore le deuil et ses enjeux affectifs. A travers la voix de Patrice, Anne Poiré parvient à émouvoir aux larmes tout en transmettant un véritable élan de vie. Le jeune garçon déteste sa sœur, si belle et intelligente, qui lui fait de l’ombre et attire toute l’attention sur elle, surtout celle des parents. Un jour cependant tout bascule, au moment de partir en vacances aux sports d’hivers, Julie est victime d’un accident. Le drame anéantit toute la famille et le chagrin de ses parents est tel qu’ils en oublient le reste… Comment exister au milieu du chaos ? Personne ne se rend compte de la peine de l’adolescent et de ses vomissements de désespoir. Entre culpabilité, tristesse et manque, il doit désormais vivre sans elle. Heureusement il peut compter sur une de ses professeures et sur ses amis, surtout Violette et Ismaïl. Le soutien d’une psychologue et une thérapie familiale s’avère nécessaire à tous pour faire le deuil de cet être tant aimé et apprendre « à vivre sans ». La découverte par Patrice du journal intime de sa sœur, le libère de sa culpabilité et le réconcilie définitivement avec elle. Un livre réaliste écrit dans un style direct qui bouleverse par sa justesse et trace les chemins de la re-naissance après la perte.

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07.10.2007

Le livre qui dit tout par Guus Kuijer, Ecole des loisirs, 2007, 150 p.

68cb8973c47c1e0d1ff3b7ecf1ef50d1.gifLe livre qui dit tout est un roman pour adolescents, original et bien écrit, qui propose aux jeunes lecteur-trice-s une réflexion sur le droit des femmes et des enfants, le fanatisme religieux, le courage... entre réalisme historique et fantastique.

Thomas, le jeune héros de cette histoire, est un petit garçon intelligent et sensible qui voit des choses que les autres ne peuvent voir... Sa conscience du monde  est trés aigue. Son père est un tyran domestique ultra protestant, qui les brutalise lui et sa mère. Il se demande pourquoi Dieu ne punit pas son père à la hauteur des souffrances qu'il inflige à sa mère. Ses deux moyens d'évasion sont la lecture et les conversions intérieures avec Jésus (oui, oui...) pour mieux comprendre son quotidien. Il trouve également une bouffée d'oxygène dans la rédaction d'une sorte de journal intime intitulé Le journal qui dit tout. Deux voix alternent dans l'écriture du roman, celle, neutre, du narrateur et celle de Thomas qui juge les actes malveillants de son père et souffre avec sa mère.

Autour de lui, gravitent aussi des esprits libres comme Tante Pie, Eliza et sa jambe de bois, Madame Van Amersfoot dite la sorcière - une ancienne résistante qui combat toutes les formes de tyrannies- puis les écrivain-e-s que cette dernière lui fait découvrir... Grâce à eux et aux femmes brillantes qui l'entourent, Thomas s'enrichit de valeurs humanistes et apprend ce qu'est le VRAI courage... le courage de résister, de s'opposer, de s'affirmer, face à l'oppresseur.

Thomas désire simplement vivre heureux... Au fil du livre il apprend que le bonheur commence lorsque l'on cesse d'avoir peur... Alors il ose... mettre son père face à lui-même. Il décide de déposer dans sa bible la lettre accusatrice donnée par Mme Amersfoot, sur laquelle est écrit qu'"un homme qui bat sa femme se couvre de déshonneur". Aidée par cette dernière ainsi que par sa soeur - qui se révèle être bien plus courageuse qu'il ne l'avait imaginé - ils organisent un club de lectures "impies" dans le salon du père et convient de nombreuses amies au caractère "provocateur", en se moquant éperdument du piètre avis paternel... Pauvre homme empêtré dans un dogmatisme religieux qui pense que seule la Bible dit la vérité...

Sa sensibilité s'affine au fil de l'histoire. Au cours de cette réunion où le père s'exclut tout seul, Thomas prend conscience que cet homme, aussi borné et méchant soit-il, cet homme dont il a désormais pitié, les aime mais qu'il a peur du bonheur, du ridicule, et que toute son éducation religieuse ne lui permet pas la moindre petite remise en question. Cet homme lui évoque la mort... tant ses convictions morales l'empêchent de vivre... et d'être heureux.

Le livre ne nous le dit pas,  mais on se doute que Thomas se choisit un autre destin que celui dessiné par son père et que sa soeur et sa mère, sont désormais des esprits libres... Ce roman plein de sagesse montre la difficulté de faire changer les mentalités obtues. Il propose surtout plusieurs personnages féminins réjouissants qui utilisent la méthode douce pour affronter les hommes bêtes... celle de leur esprit, de leurs mots et de leur résistance intellectuelle... Un livre à lire sans attendre...