31.08.2007
Jala
UBAC (C.), Une histoire impossible à peindre, Ecole des loisirs, 2004, 141 p.
Dans le royaume d'Urcande, les femmes gouvernent depuis cinq générations. En Urcande « la féminité ordonne et soumet », la loi est formelle et cela depuis qu’une ancêtre royale fut abandonnée avec sa fille par un roi belliqueux. Au moment où commence l'histoire, la reine Enora, vingt cinq ans et s'apprête à désigner son héritière sans avoir aucune relation avec un homme. L’intendante se rend à sa recherche, d’orphelinats de filles en orphelinats de filles. Oui en Urcande, c’est ainsi : tandis que les garçons sans parents lavent par terre et nourrissent les cochons de ferme, les orphelines sont élevées dans de vastes manoirs aux portails luxueusement sculptés. Leur gouvernantes doivent signaler à l’Intendante royale toute pupille faisant preuve de trois qualités suivantes : intelligence, force de caractère et… un talent spécial. Jala est choisie pour ses inégalables talents de peintre. A sa majorité, afin de préserver le pouvoir des femmes, elle devra tenir en échec chacun de ses prétendants lors de l'épreuve qui lui est imposée, raconter une histoire impossible à peindre. L'histoire principale véhicule une vraie réflexion sur une société pensée et organisée par et pour les femmes, exclusivement. Quatre contes y sont insérés. Ce sont ceux du dernier prétendant, un jeune berger qui malgré son sang impérial préfère vivre humblement. La reine Enora se réjouit d’humilier l’empereur, descendant du roi traître. Mais à la surprise générale ses contes sont impossibles à peindre sans altérer le sens métaphorique de ses mots. Jala se sent de plus en plus oppressée d’être élevée en vue de gagner un concours, « comme une jument dressée pour la course ». Elle est en âge de décider de sa vie et elle décide de s’enfuir avec le berger. L’héroïne ne se réalise pas parce qu’elle est aimée par un homme mais parce qu’elle déchire la carcan maternel et fais des choix personnels. Les deux jeunes adultes décident de se lancer ensemble dans la vie active. « Pour commencer, nous ferons le commerce des cuirs imprimés provenant de tes bêtes. Quand l’affaire sera lancée, nous investirons dans la fabrique des livres illustrés sur peau. Avec ton imagination et ton art, je te parie qu’avant un an notre maison d’édition sera connue dans ton pays aussi bien qu’à l’étranger. C’est l’étape où j’utiliserai mon expérience diplomatique à nous introduire dans les hautes sphères. » Sa mère, à qui elle a laissé une lettre explicative, ne lui pardonne pas. « La patine des jours n’émousse pas la fierté de la reine. C’est une femme de la vieille école, fidèle à la haine ancestrale – par adoption – au sexe opposé. » Jusqu’à la fin de sa vie elle refuse de rencontrer Jala, néanmoins quand elle meurt bien des années plus tard, son testament lègue son royaume à sa fille adoptive, la laissant ainsi libre de rétablir le gouvernement à deux têtes des origines d’Urcande.
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