08.07.2008

Heureux les simples d'esprit de Cara Zina aux éditions Robert Laffont, 2008

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« Le bonheur c’est simple comme une lobotomie »

C’est l’histoire d’une résistance à la crétinerie établie, l’immersion réaliste dans le monde glauque des squats puis dans le quotidien funky d’une institutrice de province. Le roman s’inspire de la vie de son auteure Cara Zina mais son héroïne est encore plus radicale qu’elle. Cette autofiction est aussi rythmée et révoltée que les textes punk’n’rap écrits il y a presque vingt ans avec son amie Virginie Despentes au sein des Straight Royeur.
Elles se rencontrent en colo. « Quand elle était petite, la grande n’était pas encore Virginie Despentes, mais c’était déjà quelqu’un, une forte tête, à la voix grave et railleuse et à la carrure rassurante, une énergie encore en friche qui ne demandait qu’à sortir et que je ne demandais qu’à suivre. » A son contact elle devient punk et ensemble elles suivent les Beruriers Noirs à travers la France entière, en tapant la manche avec d’autres adeptes de la crête, rencontrés en route. Entre squats et back-stages de concerts, Cara et Virginie mettent leur rage au service de la lutte anti sexiste et anti raciste. Elles montent leur propre groupe et écrivent des textes énervés contre la prédominance blanche et mâle.
Quelques années plus tard, devenue adulte et monogame, intégrée socialement et bien sous tout rapport, notre héroïne ne s’est pourtant jamais éloignée de ses désirs d’adolescente. Entre maturité et insoumission, nous la suivons à travers ses contradictions et sa quête d’équilibre. Un jour, son couple finit par se fracasser dans le sang, quand son compagnon sombre dans la schizophrénie. Là, elle se heurte au fanatisme et prend son envol, son fils et son fauteuil roulant sous le bras. Instit atypique, maman d’un petit « pas comme les autres », féministe convaincue et midinette romantique, elle incarne à merveille la femme moderne, qui ne rentre dans aucun moule et refuse d’être une victime. Elle prend la vie du bon côté malgré ses aléas et refuse la dictature du genre. Mère et femme libre à la fois, elle revendique le droit de jouir de la vie. « Mon fils est à moitié arabe, petit et handicapé, si ça se trouve il sera communiste et pédé […] alors je revendique le droit de trouver ça cool d’être différent, et d’oublier qu’on ne l’a pas souhaité ». Après voir tenté de se fondre dans le moule, aspiré à une vie tranquille et ordinaire, en couple et fonctionnaire, le destin la ramène sur le côté, dans la marge. La spécificité de son fils la conduit à renoncer aux archétypes de normalité, à reprendre la lutte aux cotés des rejetés, des paralysés « car le bonheur devrait être accessible aux esprits torturés ».

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07.07.2008

I don't wanna be a victim anymore!

 Cara Zina, Heureux les simples d'esprits, Robert Laffont, 2008

heureux.jpgJe suis en train de lire pour Sitartmag Heureux les simples d'esprit de Cara Zina. En grande amatrice des écrits de Virginie Despentes je pensais bien qu'un livre rédigé par une de ses complices de jeunesse m'enthousiasmerait forcément. Sans égaler la syntaxe résolument débraillée et rock'n'roll de "la grande", le roman de Cara Zina est réjouissant d'insoumission, d'optimisme et d'humour. Cet entretien circulant sur le Net donne trés envie de lire ce One woman show écrit "par une craquette mais sur un ton virulent". On retrouve dans la prose de Cara Zina la même vision féministe que celle de Virginie Despentes, incarnée dans ces quelques paroles chantées au sein de leur groupe au début des années 90 : Je me fous d'être jolie / Je me fous d'être pas cool / Je me fous d'être une fille. Cara Zina écrit pour montrer à tous ceux que le féminisme fait fuir, qu'aujourd'hui il est toujours difficile d'être une fille quand on refuse d'être une victime. A suivre bientôt ma chronique...

 

 

 

08.06.2008

Des crapauds dans la bouche

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Des crapauds dans la bouche d’Isabelle Rossignol, Neuf de l’école des loisirs, 2008.

Les parents de Marjorie et Lucille sont en prison pour un délit que l’on suppose financier. Apprendre à vivre sans eux et réussir à combler ce manque inouï est loin d’être évident. La douleur qu’elles partagent se traduit bien différemment chez l’une et chez l’autre. Marjorie se réfugie dans un onirisme silencieux et Lucille dans l’agressivité. Depuis l’incarcération, Lucille est plus venimeuse qu’une vipère. Elle éructe méchamment pour mieux cacher ses maux. La venue d’une nouvelle petite voisine, comblée par l’amour d’un foyer stable, va focaliser leur mal-être. A l’envie de se lier d’amitié avec elle va se juxtaposer celle de lui faire payer son bonheur. Marjorie, d’abord sous l’influence néfaste de sa sœur ainée, va apprendre à lui dire non et s’émanciper de sa tutelle «tyrannique ». Isabelle Rossignol signe un livre introspectif sur un sujet profond et réussit à le traiter de manière enjouée.

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19.03.2008

Le complexe du homard!

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Rachel Corenblit, L'amour vache, Le Rouergue, 2008

Avec beaucoup de justesse, d’humour et de sensibilité, Rachel Corenblit nous livre des instantanés de vies. Son recueil de nouvelles explore la souffrance de huit adolescents à la recherche d’eux-mêmes. Sans défense et face à des situations qui les dépassent, nos jeunes protagonistes développent des stratégies d’évitement (agressivité, fugue, insolence, provocation, trouble obsessionnels compulsifs…) pour surmonter les épreuves de l’existence. Ses courts récits sans concession, mêlent l’espoir, la tristesse et le rire.
Chaque histoire est vécue de l’intérieur par les jeunes protagonistes, à la première personne. Le lecteur est ainsi propulsé dans l’intimité de personnages de son âge, non idéalisés, et peut d’autant plus s’identifier à eux. Le livre aborde des thématiques réalistes qui touchent particulièrement les adolescents. Il traite d’évènements accélérateurs de maturité qui rendent difficile l’expression de sentiments sereins. Le divorce des parents, une naissance chaotique, un inceste, un père mourrant, une maladie grave, un complexe physique sont autant de facteurs susceptibles de rendre vache n’importe quel adolescent, de surcroît en amour… L’amour vache, c’est donc de l’amour qui ne veut pas dire son nom, de l’amour enfoui sous une multitude de couches de soucis… Mais cet amour, même maladroit, est absolument nécessaire pour vivre…

La suite sur Sitartmag... http://www.sitartmag.com/amourvache.htm

25.02.2008

Je suis la petite fille la plus forte du monde!

18af71d1aa8484eccd33f8742a38c895.jpgFifi Brindacier l'intégrale

Astrid Lindgren

Hachette, 2007

L’impertinente et audacieuse Fifi revient sur le devant de la scène éditoriale. A l’occasion des 100 ans de l’écrivaine suédoise Astrid Lindgren, Hachette jeunesse réédite les trois titres de la série des Fifi (Fifi Brindacier, Fifi Princesse et Fifi à Couricoura) sous forme d’un beau livre relié grand format, illustré par Ingrid Vang Nyman. L’occasion est donnée de faire à nouveau connaissance avec l’héroïne suédoise au caractère très affirmé, ravissante de modernité malgré son demi-siècle.

Fifi, née en 1944, est révolutionnaire, anticonformiste et anti-autoritariste. Elle ne rentre dans aucun moule. Elle fait fi des identités sexuelles et incarne une figure féminine libre et rebelle. Fifi n'est pas sage! Fifi n'a peur de rien! Fifi est maline! Son caractère est en acier trempé! Sa force démesurée! Fifi est une héroïne moderne qui propose aux petites filles et aux petits garçons une image féminine forte et émancipée... Pour en savoir davantage sur cette héroïne réjouissante, je vous laisse poursuivre la lecture de ma chronique sur Sitartmag...

http://www.sitartmag.com/fifi.htm

 

17.12.2007

Tous ces silences entre nous

7159c7242f79911912444f08c28f5854.jpgUMRIGAR (T.), Tous ces silences entre nous, Flammarion, 2007.

A travers ce roman, l'auteure nous plonge dans l'Inde du XXIe siècle. Bhima est une vieille femme pauvre qui vit dans un bidonville avec sa petite fille Maya. Afin de subvenir à leurs besoins et lui permettre d'étudier, Bhima travaille comme domestique dans les beaux quartiers. Sa patronne est de la même génération qu’elle mais de classe sociale différente. Un fort lien les unit... leur condition de femme indienne. Des évènements vont boulverser cette belle entente. Décrivant cette société de castes à travers le regard d'héroïnes semblables malgrès les différences, Thrity Umrigar s’attache à mettre en mots les rêves, les aspirations et les révoltes intérieures de chacunes. Mais le destin se charge, inexorablement, de remettre ces deux êtres à leur place...

30.09.2007

Je suis l'arbre qui cache la forêt d'Alice Poncheville, L'école des loisirs, 2005, 214 p.

a487d5a5d670af0ce686f6f188067acc.jpgLa jeune narratrice de ce roman s'appelle Eli. Sa vie est riche mais compliquée car sa famille est sans le sou, sa mère George est un peu sorcière et ses petits frères parlent une langue imaginaire... Eli se demande pourquoi les autres ne peuvent pas les aimer, elle et sa famille, comme ils sont. La forêt est son refuge où elle cultive son jardin secret. Les arbres la protègent et ne la jugent pas, contrairement à tous ces humains que la différence dérange.

George, la mère d'Eli est une mère attachante et loin du modèle stéréotypé de la parfaite maman. Elle n'aime pas faire le ménage, effectue des petits boulots farfelus et les fins de mois sont difficiles... Mais elle fait en sorte que ses enfants ne manquent de rien et surtout elle les aime sans les emprisonner. Elle les aide à grandir et à faire leurs propres choix. Elle leur apprend aussi à se moquer de la bêtise des autres et à ne surtout pas rentrer dans le moule d'une société peu encline à accepter la différence.

La venue de ses règles va coincider avec deux nouvelles qui vont boulverser la vie d'Eli. George qu'elle pensait naturellement être sa mère biologique ne l'est pas et l'homme décédé il y a bien longtemps censé être son géniteur ne l'est pas non plus... Avancer dans la vie devient une lente désillusion alors elle cesse de marcher. Ses jambes ne la portent plus, elle devient paralysée du bas du corps. Heureusement la vie continue. Aimée et entourée plus que jamais par George sa mère adoptive, Karine sa mère naturelle, ses demis-frères, leur père, son prof de math, Marco et Isabelle... deux nouveaux de sa classe qui l'aiment pour ce qu'elle est et non parcequ'elle est populaire... Eli va reprendre goût à la vie et... à la marche.

Cette histoire douce-amère, pleine d'optimisme, montre que l'existence n'est pas un long fleuve tranquille et que compte tenu de ses vicissitudes, il faut profiter de chaque petit bonheur quotidien en se moquant des gens sectaires.

30.08.2007

Pépites

9de437e9cbc9afa3781c526a30603a1c.gif BONDOUX (A.-L.), Pépites, Bayard, 2005, 350 p.

Bella Rossa est une splendide jeune femme de vingt ans qui vit avec son père ivrogne et handicapé et rêve d’aventures. Dans la petite ville de Maussad-Vallée, Bella Rossa étouffe et ne supporte plus l’hostilité des hommes de la ville à qui elle a refusé les faveurs de sa généreuse poitrine. Elle garde précieusement depuis des mois tous les ustensiles de cuisine qu’elle trouve ou que des gens jettent sur son passage depuis qu’elle a repoussé et tué un villageois trop entreprenant à coups de casseroles. Elle les entasse dans une carriole rafistolée par ses soins. Son départ est précipité par l’approche de la guerre. Elle embarque son vieux père grincheux et part à l’aventure dans le grand Ouest. On la découvre marchande ambulante de bibelots, flanquée d’un vieux bonhomme à la langue bien pendue et d’un jeune soldat manchot à la braguette trop souvent ouverte. Anne-Laure Bondoux frôle sans cesse le burlesque sur les routes poussiéreuses et chaotiques d’un Far West loufoque. Sous sa plume naît Bella Rossa, cette femme forte à l’inlassable esprit d’entreprise, bousculée par la vie et les hommes, mais bien décidée à prendre son destin en main.

26.08.2007

Morgane

Les héroïnes de ces livres voient des ombres, ont un don pour la broderie, ne veulent pas finir rebouteuses ou sont complétement dévergondées...   J'ai croisé leur route en cherchant des sorcières et je les aies prises pour telles... Mais en fait toutes les filles mystérieuses, douées ou à la sexualité débridée ne sont pas des sorcières!!!

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MOKA, L'enfant des ombres, Ecole des loisirs, 2000, 204 p.

Morgane est la seule à voir les Ombres dans les couloirs du lycée. Elle apprend à les apprivoiser et les Ombres se vengent alors sur d'autres personnes, libérant la froideur de la haine de Morgane en glace bien réelle. Le pire se produit alors... Les phénomènes étranges s'accumulent... Le concierge de l'établissement passe ses journées à remplacer les ampoules électriques dans les couloirs et les escaliers, mais il y fait toujours noir. Les accidents se multiplient et tout devient glace... C'est aussi le moment que Camilia et ses amis ont choisi pour créer un club secret dont le but est de se réunir la nuit, dans le grenier au-dessus des dortoirs... Qui pourra sauver Morgane de ses démons?